Interview : Michael Dudok de Wit, réalisateur de La Tortue Rouge

0

Michael Dudok de Wit

RÉALISATEUR DE LA TORTUE ROUGE

© 2016 Studio Ghibli - Wild Bunch - Why Not Productions - Arte France Cinéma - CN4 Productions - Belvision - Nippon Television Network - Dentsu - Hakuhodo DYMP - Walt Disney Japan - Mitsubishi – Toho

© 2016 Studio Ghibli – Wild Bunch – Why Not Productions – Arte France Cinéma – CN4 Productions – Belvision – Nippon Television Network – Dentsu – Hakuhodo DYMP – Walt Disney Japan – Mitsubishi – Toho

Primé à Cannes en mai dernier, La Tortue rouge a fait l’objet d’un accueil critique et public dithyrambique. Huit mois après sa sortie, et sa parution récente en vidéo, vous attendiez-vous à un tel plébiscite ?

J’espérais un bon accueil, évidemment, mais je n’arrivais pas à me faire une idée de la manière dont le film serait reçu parce que je ne pouvais pas le comparer avec une autre œuvre déjà sortie. J’avais confiance que le public apprécierait la qualité des images, mais ne pouvais pas prévoir comment il réagirait à l’histoire car elle est sensible et parfois ouverte à interprétation.

Le Studio Ghibli ne s’était jamais aventuré dans la production d’un film étranger. Comment le studio a-t-il réagi en découvrant le résultat ?

Le producteur Toshio Suzuki est fier du film. Il ne l’a pas dit verbalement, mais l’a montré par ses actions car il a eu un grand rôle dans la promotion du film au Japon, et je reconnaissais clairement son amour pour le film dans les décisions qu’il a prises. Juste avant la sortie du film, Isao Takahata a écrit : « Après Father and Daughter, Michael, en tant que réalisateur, a une nouvelle fois réussi à dépeindre une vérité essentielle de la vie. De manière épurée, profonde, et de façon tellement intense… C’est là un exploit qui a quelque chose de prodigieux. » Vous pouvez imaginer combien je suis touché par son opinion. Hayao Miyazaki ne faisait pas du tout partie du projet mais un matin d’août, dans la cantine du Studio Ghibli, nous avons eu une discussion et il m’a fait un grand compliment sur l’intégrité du film.

Êtes-vous à l’initiative de l’absence de dialogues ? Est-ce une manière d’affirmer votre singularité ou de faciliter l’exploitation internationale du film ?

À l’origine, j’avais inclus quelques dialogues dans le scénario, mais pendant le travail sur l’animatique, nous avons pris conscience que ceux-ci n’étaient pas confortables dans l’histoire. Ils détachaient le spectateur du film. Un jour, les producteurs de Ghibli m’ont téléphoné : « Et si on laissait tomber les dialogues ? Nous croyons que ça marcherait mieux sans. » Ils avaient raison, et j’ai trouvé le défi très excitant. Cette absence pouvait amplifier la simplicité du film, je veux dire par là une simplicité puissante, pénétrante. Il est vrai que l’absence de langage verbal facilite la diffusion internationale, officielle ainsi qu’illégale, mais notre choix était simplement artistique.

L’animation atteint un tel degré d’expressivité qu’on est saisi par son réalisme. Avez-vous été tenté de recourir à la rotoscopie ?

La rotoscopie crée une ambiance unique, et pour tout dire assez étrange. J’ai vu quelques longs métrages très intéressants comme A Scanner Darkly de Richard Linklater, mais je n’ai jamais eu la tentation de travailler avec cette technique. Ça me passionne justement de styliser les mouvements et de leur donner du caractère et de l’émotion. C’est vrai que pour ce film, j’ai choisi un style graphique et de mouvements animés assez réaliste, éloigné du style cartoon avec son élasticité et ses codes. Ce style semi-réaliste est difficile à animer. Pour nous aider, nous avons filmé des acteurs à qui nous avons demandé de jouer certains mouvements compliqués. Les animateurs pouvaient ensuite les étudier pour trouver de l’inspiration pour l’acting, les perspectives du corps humain et les plis des habits. Certains plans étaient très inspirés par ces tournages, d’autres un peu, et la plupart pas du tout.

Envisagez-vous de réaliser un deuxième film sous la bannière Ghibli ?

Nous n’avons pas encore parlé du futur. Pour le moment, la promotion du film m’occupe encore à plein temps, je voyage beaucoup, et après cela je verrai d’abord si je trouve l’idée pour une histoire que j’aime énormément.

Propos recueillis par Gersende Bollut

Retrouvez notre article sur La Tortue Rouge dans le n°210 d’AnimeLand !

Parlez-en à vos amis !

A propos de l'auteur

Modératrice avec modération !

Ecrire un commentaire