Evangelion : analyse de la mise en quarantaine de Shinji

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Incontournable parmi les incontournables, l’anime Evangelion n’est presque plus une oeuvre à présenter. Tout autant intemporelle par sa qualité technique exceptionnelle ou l’aspect révolutionnaire de sa réalisation, Evangelion est aussi un gros morceau de réflexion, théologique et philosophique. La faute à un ressort psychologique puissant et interrogeant régulièrement les personnages de la série. À ce petit jeu, nous vous proposons de revenir sur l’un des épisodes particulièrement marquants d’Evangelion, le 4e, baptisé Le Dilemme du hérisson.

Il est toujours bon de s’interroger sur le pertinence ou l’angle d’un épisode. Celui que nous analysons ici intervient après 3 épisodes ayant donné le ton (dans les grandes lignes) de la série. Si la séduction opérait en grande partie grâce à l’aspect bestial et organique des mecha (et leurs designs racés), Evangelion voyait ensuite son staff calmer considérablement le jeu avec un 4e épisode qui marque le refoulement de Shinji Ikari vis à vis de sa nouvelle fonction. En assistant de très près au carnage opéré par l’Evangelion 0.1 qu’il contrôle, le fils de Gendo a goutté au meurtre et à la folie destructrice. D’autant que durant son intervention, il doit protéger deux camarades de classe qu’il met indirectement en danger, Kensuke et Suzuhara. Un matin, alors que Misato veut réveiller Shinji, le pilote de l’Eva 0.1 est absent. Il a quitté le domicile, la conscience en bouillie.

Narration par l’image

Le temps d’un segment, Hideaki Anno va dépeindre le mal-être de Shinji. Bien que le papa de la série ne soit qu’à la supervision, laissant le mystérieux Tsuyoshi Kaga à la direction de l’épisode, on retrouve très clairement le cinéma d’Anno. Pour illustrer l’éloignement de Shinji, Anno utilisera un grand nombre de plans fixes ou de travelling à plat. Une méthodologie qui tranche avec l’agressivité de la réalisation jusque là mais que nous retrouverons à de multiples reprises quand un personnage est face à un dilemme (et notamment le final du superbe épisode 24).

Les 3 premiers plans sont ainsi les suivant. Éloigné de la NERV via le métro, Shinji est tête basse, sans un mot. Repassant en boucle les musiques de son walkman (le titre est Aoi Legend, du jeu YS), le héros cache son regard. La mise en quarantaine a commencé, et la trame de la série est complètement arrêtée le temps de soigner son principal protagoniste (ou l’un d’eux). Un choix fort.

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Shinji devant s’éloigner d’un milieu qu’il semble détester (ou l’utiliser), la réalisation matérialisera le temps qui passe par l’arrivée des salary-man allant au boulot ou des lycéennes allant en cours. La séquence se répétera avec ces mêmes lycéens rentrant à la maison, sous un temps pluvieux et orageux. Cela symbolise aussi la différence entre ceux ayant un but (aller à l’école, au travail) et le pauvre Shinji qui se laisse guider par le métro. La fin de non retour arrive quand le métro termine son service. À ce moment là, Shinji lève enfin la tête et adresse -via la seiyu Megumi Ogata– ses premiers mots : “Je dois rentrer“.

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Et moi et moi et moi ?

La séquence d’après, nocturne, est d’une grande puissance symbolique. On y voit un Shinji passant la nuit dans un cinéma. Tandis que le film relate les événement du Second Impact (l’une des plus grande catastrophe de l’Histoire!), le jeune garçon à la regard hagard, presque vide, désintéressé. Encore une fois grandement nourrie de plans fixe, la réalisation accord l’image au verbe du film diffusé.

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Soudain, le regard de Shinji reprendra vie quand il aperçoit un couple -quelques sièges devant lui- s’embrassant avec passion. En plus d’attirer son attention, la scène lui fera quitter la salle pour dormir sur un banc dans le couloir. On peut y voir de la jalousie ou une autre forme de frustration chez ce garçon se sentant à la fois indispensable pour la Nerv (“je suis le seul capable de piloter l’Eva 0.1″ dit-il à Misato quelques instant plus tôt) et peu concerné par la mission sur le long terme. La dualité avec ce film relégué au second plan (sans jeu de mot) est vite trouvée. Shinji a toujours vu le monde sous le prisme de sa propre interactivité. Ici, il est inutile et doublement spectateur. La passivité du garçon est gonflé par un plan fixe bien sûr, mais aussi une valeur de plan inchangée.

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Le lendemain reprend avec un Shinji d’abord en ville, les oreilles enfin libérées de ses écouteurs. Du matin rose (menaçant par son activité) à la journée ensoleillée (reposante et calme), le garçon rentre par ses propres moyens, traversant les champs et la nature pour retrouver la NERV. On est loin de son départ figé, tête baissée, traîné sur dans le wagon d’un métro. Une forme de reconstruction qui s’étendra jusque dans les reins reposant d’une montagne surplombant la ville.

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Ensuite, il croisera Kensuke sur sa route. Garçon motivé et passionné par la NERV (et sa sphère militaire), Kensuke symboliserait le fantasme d’Hideaki Anno, l’otaku militaire (*1). Il est donc tout excité de voir un camarade réaliser, en quelque sorte, son rêve. Après cette réplique (voir photo du bas) Shinji répondra, l’air sûr, que Kensuke devrait rentrer rejoindre sa famille. C’est à ce moment que Kensuke lui explique qu’il est aussi orphelin. Par cette réplique, Shinji prend en pleine face qu’il n’est pas le seul (encore une fois, il est confronté à quelqu’un qui a un leitmotiv) et qu’aussi difficile soit son quotidien, le rêve n’est pas interdit. À ce message, la réalisation redevient plus “classique”, proche des standard. On peut y voir un retour à la réalité pour notre pilote.

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Récupéré ensuite par la NERV, Shinji prend une soufflante de la part de Misato. Non pas à cause de sa fugue, qu’elle juge compréhensible, mais par l’attitude égoïste du garçon qui ne jure que par lui. Renvoyé de la NERV, il sera alors confronté au duo Kensuke/Suzuhara. Ses deux amis viennent lui dire au revoir et Suzuhara s’excuse pour le comportement violent qu’il a eu avec lui. Surtout, il explique que son départ (celui de Shinji) devrait engendrer celui des habitants de la ville, puisqu’il n ‘y aurait plus de protection. La responsabilisation de son rôle est donné par un membre extérieur de la NERV. Un fait marquant.

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Un dialogue dans lequel on lui dit clairement que sa souffrance est reconnue. Le Dilemne du Hérisson prend tout son sens : c’est en étant confronté à Shinji que le duo d’amis a souffert, et a pu ainsi le comprendre. Shinji souhaite alors revenir sur sa décision, et Misato, encore au QG de la NERV s’en va rejoindre le garçon à la gare. Les deux se retrouvent finalement, et Hideaki Anno marquera l’un de ses fameux plans fixe -soit 45 seconde- pour opposer Shinji à Misato et illustrer leur retrouvailles en même temps que leur incapacité à dialoguer. La pluie et l’orage ne sont que de lointains souvenirs. Mais jusqu’à quand ?

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*1 : si l’on en croit le Guide des épisodes distribué avec le coffret A4 de chez Dybex

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Le tour de force d'Hideaki Anno -et de la Gainax- a toujours été d'être différent. Non pas pour le plaisir, mais parce que c'est la vérité depuis Les Ailes d'Honneamise. Avec ce 4e épisode, le format TV est redéfini et bousculé. Le pari fut d'autant plus osé qu'on sait la fin en manque de temps pour être fignolée. Qu'à cela ne tienne, la mort et la renaissance de Shinji demeure un épisode culte marquant autant le talent que la névrose d'Anno pour la liberté formelle. Qui s'y frotte s'y pique.

  • Note public (survolez et cliquez pour voter !) (13 votes) 9.1
  • RéalisationHideaki Anno - Tsuyoshi Kaga
  • Chara-DesignT. Sadamoto
  • StudioGainax
  • MusiqueS. Sagisu
  • GenreMecha, SF, psychologique.
  • Date de sortie1995
  • Diffusion-
  • Durée26 x 24 min
  • Langue-
  • Sous-titres-
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A propos de l'auteur

Bruno

Défendre les couleurs d'AnimeLand était un rêve. Il ne me reste plus qu'à rencontrer Hiroaki Samura et je pourrai partir tranquille.

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