Interview : Kozumi SHINOZAWA (La Bible Manga)

Vous n’êtes pas seul

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C’est à l’occasion de sa venue au Salon du Livre à Paris en mars dernier que nous avons rencontré Kozumi Shinozawa, dessinatrice de La Bible Manga (BLF Europe), une adaptation graphique du Nouveau Testament.

Comment vous êtes-vous lancée dans la carrière de mangaka ?
À 19 ans, j’ai participé à un concours organisé par le magazine Ribon (Crash !, Gokinjo, Gals… NDR). C’était ma toute première histoire. Même si je n’ai pas gagné la première place, elle a été très appréciée et j’ai même reçu un peu d’argent. Suite à cela, j’ai participé à un second concours et, cette fois-ci, j’ai remporté le premier prix. Je suis alors devenue un auteur de Ribon pendant dix ans.

Qu’est-ce qui vous a amené à quitter le Japon pour New York ?
Peu de temps avant mon départ pour les États-Unis, je me suis mariée et j’ai rencontré beaucoup de difficultés dans ma vie de couple, au point de tomber en dépression et de connaître une passe difficile. J’ai dû mettre un terme à ma carrière de mangaka parce qu’entre ce que me demandait le magazine et ma vie, il y a avait désormais un gouffre. Dans Ribon, les histoires sont roses et joyeuses et mettent en scène des romances heureuses d’adolescentes. Ce n’était plus compatible avec ma vie… Comme j’aimais toujours le dessin, je me suis tournée vers des études graphiques de designer suis partie à New York pour étudier. Mais l’école coûtait cher et, en parallèle, je suivais des cours de langue. À sec, j’ai dû arrêter mes études et suis devenue serveuse dans un bar sur Manhattan. J’ai commencé à me retrouver livrée à moi-même dans un milieu qui a renforcé un schéma de dévalorisation de moi-même.

C’est pourtant là-bas que vous vous êtes convertie…
Pour payer mon loyer, je me suis mise en colocation avec une Japonaise chrétienne. Au Japon, je n’en avais jamais croisé et là, je partageais un appartement avec l’une d’elle. J’ai posé comme condition à notre installation que tout prosélytisme lui serait interdit, ce qu’elle a accepté. Mais au lieu de chercher à me convertir, elle a pris soin de moi car je me sentais toujours dépressive. J’avais alors beaucoup de peine à la croire sincère. L’argent et le succès étaient mes valeurs, à l’époque, et je ne comprenais pas pourquoi une personne pouvait se montrer aussi attentive à une autre gratuitement. J’ai alors accepté de me rendre à l’église où j’ai reçu un accueil chaleureux qui faisait contraste avec mon état émotionnel. En rentrant de cette réunion, je me suis effondrée en larmes sur mon lit. Puis, je me suis sentie en colère. Je ne savais plus comment rire ou sourire. Toute émotion positive m’était alors interdite. Finalement, ma colocatrice est repartie pour le Japon et, quelques mois après son départ, j’ai découvert ses livres de piété. J’ai notamment lu un roman dans lequel le personnage principal découvre la foi chrétienne et passe d’une vision d’un Dieu lointain et sévère qui punit à celui d’un Dieu d’Amour qui écoute notre prière… La dernière étape, ce fut l’invitation d’aller voir, avec les amis de l’église, le film Passion de Mel Gibson sur la mort de Jésus. Il y a une scène durant laquelle la femme pécheresse, Marie-Madeleine, se trouve à terre et où Jésus lui tend la main. Je me suis identifié à elle et j’ai vécu une conversion. Un changement radical puisque ma dépression s’est terminée. Alors, je n’étais plus seule, mais en compagnie de Dieu.

Merci pour votre témoignage. En 2005, vous commencez à signer des manga chrétiens. Pour coller au plus près de l’époque, avez-vous fait des recherches sur les costumes ou l’archéologie ?
Oui, je me suis rendu en Israël. J’ai compulsé énormément de documentation car ma conversion étant récente, je ne connaissais que peu de choses. S’il y avait une exigence éditoriale sur l’histoire, on m’a tout de même demandé de ne pas signer un dessin trop « figé » afin de pouvoir toucher les enfants. Comme je savais que le livre serait diffusé dans le monde, j’ai fait en sorte de faire varier les personnages du point de vue de la morphologie ou de la taille…

Pourquoi, selon-vous, le manga peut-il être un bon vecteur de communication pour la Bible ?
Dans le contexte japonais, la Bible n’est pas connue. Il s’agit d’un ouvrage massif et les dessins d’un manga peuvent donc en faciliter l’accès… Bien que les Japonais soient majoritairement bouddhistes, on retrouve des éléments bibliques dans de nombreux manga (citons Saint Seiya ou Hokuto no Ken, NDR). Les jeunes sont donc curieux d’en connaître l’origine. Et pour les adultes, le manga peut leur donner envie de découvrir la religion.

Travaillez-vous sur d’autres projets que la Bible Manga ?
Non. Pour l’heure, mon prochain travail consistera à adapter la Genèse (première partie de la Bible, NDR), dans une version plus détaillée que La Mutinerie, déjà publiée par BLF Europe. Je viens aussi de finir un récit pour soutenir les Japonais du nord frappés par la catastrophe du 11 mars. Parmi eux, de nombreux jeunes songent au suicide…

Avez-vous un message pour vos lecteurs ?
Ma motivation première est de faire découvrir l’Amour de Dieu. Chez beaucoup de jeunes Japonais, je trouve du désespoir et je voudrais leur transmettre du courage. Leur faire comprendre qu’ils ne sont pas seuls. Avec ce que j’ai vécu, je sais que l’Amour de Dieu peut aider. En France, vous vivez bien sûr dans un contexte différent, mais je pense que le même message peut vous toucher. Vous n’êtes pas seul. Dieu marche avec vous.

Traduction : Tetsuya Miyasaka
Remerciements à Ruben de BLF Europe.

Note : Kozumi Shinozawa a dessiné les tomes 4 (Le Messie) et 5 (La Métamorphose) de La Bible Manga, sortis en France avant ceux de 1 à 3.

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A propos de l'auteur

Nicolas-Penedo

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